Thérèse Sita Bella
Cameroon
 


(deceased January 2006)

Thérèse Sita Bella parle de la presse et de l'elegance


Propos recueillis par:

André Marie Pouya

Amina No. 233 Septembre 1989


Thérèse Sita Sella est journaliste professionnelle depuis 1955. Sita Bella, «j'ai beaucoup de scénarios qui chôment et que j'aimerai realiser».


Elle fait partie de la toute première promotion de la SORAFOM, Société de Radio de la France d'Outre-mer qui formait  les animateurs de la France d’Outre-mer, à l'époque. 


Elle participé à la création du première journal africain en France qui avait pour titre La Vie Africaine, où elle a travaillé jusqu'en 1964-1965. Ensuite elle a été six mois à l'UNESCO et a également participé à la création de beaucoup d'émissions radiophoniques à destination de l'Afrique et notamment au service africain de la B.B.C., en français et de radio-Cologne, en R.F.A. Elle a été également correspondante de la Voix de l'Amérique, sans compter la Radio Télévision Luxembourg puis de l'O.R.T.F. Elle est rentrée au Cameroun, en 1967, aussitôt engagée au Ministère de l'Information. Aujourd'hui elle est chef de service adjoint de la Documentation.


Quel jugement portez-vous sur l'évolution de la presse en Afrique?


La presse, en Afrique, connaît une énorme difficulté. La presse privée a besoin de beaucoup d'apport de la publicité. Comme les annonceurs sont souvent la cible des articles de presse, les journalistes éprouvent de la difficulté à aller au fond des choses. Si vous faites paraître un article contre l'alcool ou contre le tabac, les entreprises dont c'est l'activité rechignent à vous accorder leur marché, de publicité. Vous êtes alors à la limite de la prostitution... Les problèmes politiques sont à prendre en compte. Au départ, la presse était très limitée dans l'expression. Depuis l'avènement du président Paul Biya, le pouvoir a lâché un peu de lest. On laisse un peu plus de liberté d'expression à la presse dite officielle. Curieusement dans la presse officielle, la radio et la télévision, nous lisons, nous entendons des choses qu'elle-même la presse privée n'aurait pas osé évoquer par le passé. Nous assistons à la démocratisation de la presse. Nous voyons une évolution, tant dans la forme que dans le fond. Le contenu est beaucoup plus intéressant, dans la mesure où les gens peuvent dire, librement ce qu'ils pensent. Evidemment, ils s'autocensurent et ne vont pas jusqu'à dire et écrire des choses qui entrainaient une censure de leurs articles. Par exemple, ils ne vont pas attenter à la sûreté de l'état. Avec l'arrivée de notre télévision, nous vivons une explosion de l'expression médiatique.


Les citoyens camerounais soutiennent-ils politiquement la presse?


Tout le monde sait que c'est quand un grand journal est censuré qu'il éveille la curiosité. Les gens veulent savoir le pourquoi de la censure. Quand un journal est saisi, les gens trouvent toujours le moyen de se le procurer, sous le manteau. Les petits malins opèrent pareillement pour écouler les journaux étrangers qui ont été saisis. Je crois que la majorité de la population, au Cameroun, soutient Paul Biya, parce qu'elle espère qu'il va apporter un mieux dans le changement. La démocratisation est déjà une réalité. Nous l'avons vu lors des dernières élections municipales et législatives et même lors des présidentielles. Il se trouve qu'à l'intérieur d'un même journal cohabitent des ressortissants de régions différentes, il y a un débat houleux au sein même des rédactions. Le consensus qui se dégage donne une certaine crédibilité à la presse. C'est une sorte de démocratie interne aux journaux.


L'éclosion de la presse a-t-elle diminué la force et l'attrait de Radio-Trottoir? 


Pas du tout. Au contraire, dans la plupart de ces journaux privés, vous aurez toujours une page réservée à Radio-Trottoir: «On dit que...», «Le Chef a dit que...», «Le sorcier a prédit que ...».


On essaie de raconter l'histoire à la manière de La Fontaine. On met en scène des personnalités politiques, en changeant un peu les noms. On simule aussi les gens qui bavardent dans un bar. Chacun dit: «Moi, j'ai entendu que ... ». On y délivre ce qui a filtré de ce que certains responsables croient détenir comme confidentiel ou très secret.


Sita Bella, l'idée vous est-elle venue d'écrire un livre par exemple?


Pour le moment, je suis employée aux écritures. Les journalistes sont employés aux écritures. J'ai quelques idées. Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Si j'écris un jour, ce sera dans un but didactique. Je suis en train d'écrire sur l’information et relations humaines. Je mets ce genre de choses en chantier. N'oubliez pas que je suis cinéaste. J'ai beaucoup de scénario qui chôment et que j'aimerais bien réaliser. Je vais prendre ma retraite d'ici quelque temps et les cinéastes n'ont pas d'âge. Ce sera ma manière de laisser un message.


Je vois que vous êtes très élégante...


Merci


Pour vous, quelles caractéristiques réunit «la» femme élégante?


Quand on est en harmonie avec ce qu'on porte, c'est l'essentiel. Vous rencontrez des personnes qui portent des choses tellement décontractées qui leur vont bien. D'autres sont bien dans le style classique. Moi, je suis bien dans le style classique qui passe partout, étant une personne officielle. A mon travail, je peux m'entendre dire: «Allez au Palais Présidentiel, puis après à un cocktail» et ainsi de suite. Je n' aurais pas le temps, dans ces cas, d'aller me changer chez moi. Le style traditionnel africain convient mieux aux jeunes qu'on appelle «les sapeurs». Je trouve le phénomène amusant, c'est très marrant. C'est de leur âge. Cependant, les imitations serviles et ridicules me répugnent. Je ne comprendrais pas que, pour ressembler aux Européennes, l'on se mette à blanchir sa peau, à mettre des produits qui risquent de compromettre sa santé, à faire des maquillages outranciers. L'élégance, c'est d'abord la simplicité et, ensuite, l'harmonie. Il faut accrocher le sac à la hauteur de son épaule et ne pas s'habiller d'une manière intempestive. Pour aller travailler, se mettre en robe de cocktail·, comme c'est le cas chez certaines secrétaires de nos adminstrations, est ridicule. Elles ne s'habillent pas par confort mais pour faire du tape-à-l'œil. Celles-là n'ont rien en dedant alors, elles mettent tout en dehors ...




                        © Amina 1989